samedi 15 juillet 2017

Photo officielle


S’il fallait une confirmation que la politique est morte, par effacement des valeurs qui la fondent, on la trouverait dans le nom du dernier parti en date : « le mouvement du 1er juillet ». Ce qui donne, en abrégé, les comités M1717. Rêver, disait-il.

Pour éviter les heurts, le prochain G20 se tiendra sur une île déserte ou dans une capsule spatiale.

Affaire PS, 2049. Trente-deux années se sont écoulées sur les berges de la Seine, depuis que le PS a été retrouvé mort, ligoté rue Solférino. Le mystère reste entier. Mais de nouvelles analyses, permises par les progrès de la médecine politico-légale et par le logiciel Anacrim, ont conduit à la mise en examen de F. Hollande, suspecté dès l’époque d’être à l’origine de la disparition de l’enfant qui lui avait été confié en bonne santé en 2012. Il avait avoué dans un premier temps, mais s’était rétracté. Aujourd’hui âgé de 95 ans, il n’a plus la mémoire exacte des faits qui lui sont reprochés.

Photo officielle de Macron. Trop symétrique, mais comment faire avec deux drapeaux ? Les montants de la fenêtre renforcent la raideur binaire, bien qu’elle soit ouverte. La cravate est bien dans l’axe. Tout cela est équilibré. Détonne un peu qu’il tourne le dos au bureau, comme s’il lui servait à s’appuyer plus qu’à travailler. Les livres sont derrière lui. La Pléiade, le Panthéon. On a su que c’étaient Les Mémoires de guerre, Les Nourritures terrestres et Le Rouge et le Noir. Le provincial Julien rêve d’ascension par Mme de Rênal, qui pourrait être sa mère. Gide pour la jouissance et De Gaulle pour la grandeur. Au moins a-t-il lu trois livres. Devant la bibliothèque de l’Élysée, posant après De Gaulle, Pompidou et Mitterrand, vrais lettrés ceux-là, Sarkozy avait voulu faire croire qu’il avait lu tous les livres. L’aristocrate Giscard était dispensé d’étaler sa culture, sur fond uniforme de drapeau. Chirac et Hollande cultivaient les arts premiers et le journal, en deçà du livre. Le parc et le château suffisaient à leur bonheur de propriétaires terriens.

samedi 24 juin 2017

Macron au miroir



Macron au miroir, avant le meeting de Lyon, 4 février 2017. Photo de Soazig De La Moissonnière, Le Monde, 27 mai 2017.
Il ferme les yeux, il ne se regarde pas, il sait qu’on le photographie et qu’on va le voir devant un miroir en train de se concentrer sans se voir. Imaginons Narcisse fermant les yeux devant son image. C’est possible, si Narcisse sait qu’il est photographié.

Gouvernement de Philippe II. Il eût été inconvenant de nommer Bruno Le Maire premier ministre.

On aurait pu délimiter des portefeuilles sur mesure pour quelques ministres bien nommés, Gérard Collomb au ministère des Découvertes, Nicolas Hulot à la protection des oiseaux nocturnes, Nathalie Loiseau aux transports aériens, Stéphane Travert aux ports, Élisabeth Borne au découpage du territoire, Sébastian Lecornu à l’agriculture, Jean-Baptiste Lemoyne à l’égalité des Cultes, Julien Denormandie aux Régions, et la France eût été bien gardée.

« On devrait rendre le droit de vote obligataire » (entendu à la radio). Quelque chose m’échappe dans la formulation, et j’ai du mal à expliquer quoi.

Dans le Xe arrondissement de Paris, les électeurs ont le choix entre un candidat soutenu par Macron et un autre qui se recommande de Macron.

Le coup de génie de l’étiquette « En marche ! », outre de reprendre les initiales du fondateur, c’est le point d’exclamation à la fin : a-t-on l’exemple d’un autre parti politique ainsi ponctué avec élan ? Reste à inventer un parti avec un point d’interrogation, genre « Que sais-je ? » de Montaigne. Mais celui-là resterait sans voix.
L’autre habileté de Macron, c’est de dépolitiser tous les mots de la politique. Les autres partis portent des noms qui dénotent ou connotent la politique : front national, communistes, socialistes, républicains, centristes, même « insoumis », qui sent son révolutionnaire. Mais les « marcheurs » d’« En marche ! », quoi de plus neutre ? Et maintenant, les « constructifs ». La suprême habileté de la politique, c’est de faire croire qu’elle est apolitique. Cet effet de gommage modifiera-t-il la donne politique, ou bien cache-t-il la continuation de vieilles pratiques sous des mots javellisés ?

Si j’ai bien tout compris, l’Europe prête à la Grèce la somme nécessaire pour rembourser les intérêts de la dette qu’elle a contractée auprès des banques. C’est comme l’impôt prélevé à la source : il serait plus simple de donner directement aux banques, sans passer par la case du pays débiteur.

dimanche 18 juin 2017

L’affaire


Dans la famille aux corbeaux, je demande une colombe. Le petit ange au ciel, c’est déjà fait.

Marguerite, reviens ! On a besoin que tu mettes du sublime, forcément, dans le sordide.

Seule une tragédie grecque pourrait faire de cette embrouille familiale une pièce à la hauteur des mythes antiques.

dimanche 4 juin 2017

Communications présidentielles


Kwassa kwassa
C’est quoi ça, quoi ça ?
Couac.

Covfefe
On ne devrait pas laisser le code nucléaire à la portée des enfants.

mardi 30 mai 2017

En direct


« Que va faire le futur ex-président ? On sait qu’il cherche une maison en Corrèze. Il va écrire un livre. Pas de quoi remplir une vie. » (France Info, 14 mai 2017)

« La pluie commence à se calmer. On ne sait pas pour combien de temps. » (France 2, journée de l’investiture de Macron)

Le journalisme vit du direct. Le direct en continu a tué les journalistes-Ikea : il leur faut meubler.

Imaginer la vie des vaincus. Fillon dans son château, en famille.

Le clochard aussi aimerait se mettre en marche, mais il n’a pas de chaussures.

En même temps : l’expression fétiche de Macron déboussole les esprits binaires. Les commentateurs aussi, qui ne font pas la différence entre deux sens de l’expression : mettre sur le même plan des idées entre lesquelles on ne choisit pas (l’âne de Buridan) ; penser ensemble deux idées sous tension (ça s’appelle la dialectique).

samedi 13 mai 2017

Plats du jour


L’informatique n’est pas plus compliquée qu’un boyau de bicyclette : pour contrer la cyberattaque la plus puissante de ces dernières années, il suffit de mettre une rustine (= patch) sur le logiciel défaillant.

Le Pape canonise deux jeunes bergers qui ont vu la Vierge (Radio Vatican). Le Pape canonise deux jeunes bergers qui auraient vu la Vierge (les autres médias). La foi est une question de mode verbal.

Avant de pourrir
Les pommes de l’automne dernier
Ont attendu les premières fleurs au pommier.

Proverbe chinois : Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.
Proverbe japonais : Quand le touriste photographie, l’idiot regarde ce qui est photographié.

mercredi 3 mai 2017

Rome est dans Rome


Le pin porte haut son parasol.

C'est du marbre, dit la dame, c'est blanc. Là, c'est l'aqueduc, pour l'eau. C'était bien organisé.

Inutile de suivre un guide attitré. A chaque arrêt, on capte des bribes de discours en 36 langues, aussi fragmentés que les monuments en ruines.

Qu'avons-nous fait pour mériter tant de beauté? Savoir qu'elle est due à des esclaves n'enlève rien au plaisir esthétique.

Les monuments en 3 D ressemblent exactement à leur reproduction en cartes postales, mais en vrai.

Une mendiante, sur les marches d'une église. Elle a posé devant elle un vase avec une rose. Demander l'aumône, oui, mais avec une fleur.

dimanche 30 avril 2017

Roulette russe


À partir du vendredi minuit, la campagne officielle s’arrête, et à la radio, le vaste monde se remet à exister, les gens se parlent. Comme les jours de grève où l’antenne n’est pas en mesure de diffuser les programmes habituels, brusquement, la musique.

Les médias publics sont tenus à une stricte égalité du temps de parole, de présence, d’antenne. Mais quelle instance régulatrice veillera à l’équilibre entre les manières de langage ? Quand un journaliste dit de tel-le candidat-e qu’il ou elle « occupe le terrain » ou « drague les électeurs », les connotations sont-elles prises en compte par une subtile balance sémantique ?

Depuis le 21 avril, et peut-être avant, le vote est le résultat d’un jeu stratégique à deux ou à trois bandes : voter pour un candidat pour en dégager un autre. Déposer un bulletin dans l’urne s’apparente de plus en plus au billard, au jeu d’échec, et bientôt à la roulette russe.

Il y a eu les chaussures Berluti de Roland Dumas, à 11 000 F., les chaussures cirées à l’Élysée du conseiller Aquilino Morelle. Le poisson pourrit toujours par la tête, mais il se décompose aussi par les pieds.

vendredi 21 avril 2017

Copié / collé


D’après Le Canard enchaîné du 19 avril 2017, François Fillon a embauché Joseph Macé-Scaron pour muscler ses discours. Dans une vie antérieure, l’écrivain et journaliste fut convaincu de multiples plagiats (voir ici). En lettré, il se plaça sous l’autorité de Lautréamont et de Montaigne, qui eux aussi copiaient des citations, mais avec la candeur de nommer les auteurs des originaux. Il invoqua la notion d’intertextualité analysée par Gérard Genette dans Palimpsestes : on y chercherait vainement un chapitre sur le plagiat, qui n’est ni l’imitation ni la transformation d’un texte antérieur, mais un vol pur et simple, et comme tel puni par la loi. Joseph-Macé Scarron ne fut pas inquiété, et il resta quelque temps à la tête du Magazine littéraire. Que le parti LR se rassure cependant : rédigeant les discours de François Fillon, cette plume mercenaire ne risque pas d’ajouter aux chefs d’inculpation du candidat celui de plagiat, puisque son programme ressemble déjà en bien des points à un copié/collé d’un programme voisin.

Comment composer un gouvernement idéal ? Des chevaux de retour ? Des représentants de la société civile ? Des experts a-politiques ? L’amie D. me rappelle que le gouvernement Mauroy de Mitterrand était composé de Cresson à l’agriculture, Delors aux finances, Deferre à l’intérieur, Le Pensec à la mer. Peut-être faudrait-il généraliser la pratique des aptonymes, garants des aptitudes et des compétences, et susceptibles de rassembler tous les Français.

samedi 15 avril 2017

Politique


Le candidat demande à pouvoir « dérouler » sa proposition sans être interrompu. Voilà qui nous remet en mémoire cette publicité pour une marque de papier toilette, dans laquelle on voyait un enfant tirant en continu sur le rouleau blanc.

Prendre ses responsabilités : expression favorite d’un irresponsable politique s’adressant sur un ton solennel à un autre irresponsable.

Moi, Président…, quinze fois. On sait depuis ce qu’est une anaphore. Je me retirerai si… / Je ne me retirerai pas, bien que... J’ai commis des erreurs. / Je n’ai pas commis d’erreurs. Cela s’appelle une palinodie. Toujours plus dégoûtés de la politique, les Français font au moins des progrès en rhétorique.

Le Revenu universel d’existence s’abrège en RUE. Ainsi, tous les Français seront à la RUE. Il deviendra ensuite le Revenu universel temporaire.

Manuel Valls a payé très cher des sondages d’image, pour savoir comment les Français percevaient ses oreilles dissymétriques, une gauche collée, une droite décollée. La suite a prouvé que la position de ses oreilles, gauche et droite, anticipaient son avenir politique

jeudi 6 avril 2017

Courroux en Guyane


« Il serait facile, aisé de céder à la facilité », a dit le premier ministre. La presse écrite, charitable, a supprimé « facile », qui faisait pléonasme. Pourtant, c’était plus clair.

« Pou La Gwiyann dékolé. »
Ils ont raison de revendiquer : construction d’écoles urgente.

Ils ont eu le bagne.
Ils ont la fusée Ariane.
Pourquoi donc ce courroux ?
(Il est facile de céder à la facilité.)

On verrait bien dans le programme de quelque candidat, ou candidate, la réouverture du bagne de Cayenne, pour délinquants des territoires d’Outre-mer et autres, dans le but d’assurer le développement économique du département français n° 973.

Ses conseillers ont dit à la ministre des Outre-mer que les Primitifs aimaient les images fortes, les expressions toutes faites. Alors, elle veut « graver dans le marbre » les accords. C’est encore un matériau de riche.

Macron prend la Guyane pour une île. Ah non, il voulait parler de l’île de Cayenne. À ce compte, Paris aussi est une île, et même deux.

« La fusée Ariane restera au sol tant que la Guyane ne décollera pas. » Génie du « peuple guyanais », comme dirait la ministre (laquelle aurait pu ajouter « Vive la Guyane libre ! »), qui a le sens de la métaphore mobilisatrice. Ariane Espace pensait être tranquille en implantant la rampe de lancement chez les Sauvages. Mais voilà que tant de milliards tirés en l’air donnent des idées aux pauvres. Ils veulent des retombées, pas seulement la pollution et les débris.

dimanche 2 avril 2017

L’allégorie de l’écrivain et du politique


S’il était possible de tenir pour négligeables les personnalités de Christine Angot et de François Fillon, on pourrait voir dans leur face-à-face télévisé du jeudi 23 mars sur France 2 une allégorie de la rencontre ratée, toujours ratée, entre l’écrivain et le politique.

L’écrivain arrive avec un texte écrit, bien écrit mais mal lu. Il n’a pas le don de l’improvisation, ni de la répartie. Écrire, c’est le contraire de parler. Le politique sait parler, il ne sait faire que cela, d’ailleurs, parler en public. Son pouvoir se confond avec la maîtrise de la parole. Il parle haut, fort et distinctement. On lui a préparé des fiches mentales, des éléments de langage. L’écrivain bredouille, bafouille, il fait des brouillons oraux. « C'est déjà tellement difficile de parler. C’est à ça que sert la littérature, parce qu'on ne peut pas parler avec des gens comme vous. »

Le politique s’épanouit dans le débat, faux débat, préparé, sans écoute, mais il installe un semblant de dialogue. L’écrivain monologue. « Ce n’est pas un dialogue », dit-elle. La vérité de sa parole est en quelque sorte verticale, ciel des idées et profondeur des tripes. La parole politique est horizontale, comme un jeu de raquettes truqué.

L’écrivain est hystérique. Il exprime des émotions, parle avec son corps. Il somatise la violence du corps social. Le politique s’est dressé à la répression des sentiments. Il feint d’être le porte-parole d’une société sans violence. Comme l’État, c’est un monstre froid. Quand il s’échauffe, « fend l’armure », comme on dit, c’est pour la galerie.

Le politique a un public avec lui, pour lui, des soutiens physiquement présents, qui applaudissent, conspuent, insultent. L’écrivain est seul. Ses lecteurs ne sont pas ses électeurs.

À la fin, c’est le politique qui gagne à court terme, et l’écrivain à long terme.

mardi 28 mars 2017

Pourquoi Marine Le Pen sera élue présidente


Parce que les sondages sont très en dessous de son score, en raison de la ruse de ses électeurs, qui trompent les sondeurs en répondant à côté, non par honte de leur vote, mais pour niquer la Sofres.

Parce qu’elle a ramassé par terre les débris que la droite a laissé tomber (la patrie, la nation) et les valeurs abandonnées par la gauche (le peuple, les services publics de proximité).

Parce que François Fillon, pilote suicidaire, a préféré son crash à la victoire de son parti.

Parce qu’elle est la seule, avec Mélenchon, à parler une langue claire, simple et imagée, les autres décourageant le peuple par l’abstraction.

Parce que les gens l’appellent Marine.

dimanche 19 mars 2017

Actualités


Certains lecteurs de fiction, formés par Balzac, se plaignent que les romanciers actuels, héritiers du Nouveau Roman, ne savent plus mener un récit. Qu’ils écoutent le procureur François Molins raconter l’attaque terroriste à Orly. Un chef d’œuvre de narration à la seconde près, avec des temps du passé, un minutage, la description précise des gestes, la citation des paroles entre guillemets. Du réalisme comme on n’en fait plus.

Un journaliste : « Un terroriste a tenté de dérober son arme à un policier. L’homme a été abattu. Il n’y a pas de victime. »

Dans le programme d’Emmanuel Macron, rapporté du marché ce dimanche, deux propositions me plaisent : le droit à l’oubli pour les malades et le droit à l’erreur pour tous : les fraudeurs « pourront faire valoir leur droit à l’erreur et ne plus payer de pénalité ». Quant au droit à l’oubli pour les personnes malades, il ne s’agit pas d’autoriser les malades d’Alzheimer à perdre la mémoire, mais de ne pas déclarer ses maladies passées aux assurances. Il fallait y penser.

samedi 11 mars 2017

Existence


Recroquevillés pendant neuf mois dans un ventre ; et après on s’étonne que les humains aient du mal à se tenir debout dans la vie.

L’alarme Verisure « vous procure un sentiment de sécurité ». On serait trop exigeant si on en demandait plus.

Aux USA, les condamnés à la peine capitale attendent l’exécution dans les couloirs de la mort. Il serait plus humain de les faire patienter dans l’antichambre.

Je n’ai jamais été victime de pollinose, mais depuis que je sais que le pollen est le sperme des plantes, j’appréhende l’arrivée du printemps.

Ce mendiant qui demande « un euro à manger », as-tu remarqué comme il est suppliant le matin, agressif quand vient l’heure de midi, et complétement abattu le soir ? Pas très différent de ceux qui ne tendent pas la main, finalement.

vendredi 10 mars 2017

Revenu universel


Les producteurs exploités étant à l’Est et en Asie, il faudra bientôt créer pour les autres un revenu universel des consommateurs, pour soutenir le marché.

Mon ado maison m’apprend que le youtuber le mieux payé, c’est Squeezie, l’énervé, le moins inventif dans son genre, qui gagne beaucoup en se filmant en train de commenter ses performances sur des jeux vidéo. Il y a peu encore, les jeunes rêvaient de devenir footballeurs, donc players. Aujourd’hui, les jeunes enyoutubés rêvent de gagner de l’argent avec une souris en restant assis devant des matchs virtuels. Ils voteraient bien pour un candidat qui leur promettrait un revenu universel de gameurs.

Subtilité des journalistes, dans l’usage des périphrases pour éviter la répétition : ainsi Trump est-il relayé par « le milliardaire », Poutine par « le maître du Kremlin », Fillon « le candidat empêtré dans les affaires ». En tournant autour du pot, la périphrase en dit toujours plus long que le nom propre.

lundi 6 mars 2017

Théâtre


Assassinat, suicide, trahison, complot. François Fillon a demandé au célèbre dramaturge anglais d’écrire une pièce inspirée de son histoire. Mais Shakespeare s’est récusé, jugeant l’intrigue un peu mince à côté de son Richard III.

Pénélope Fillon parle (Le Journal du Dimanche, 5 mars 2017)
« J’ai retrouvé beaucoup de documents pour la période 2012-2013, mais peu pour les années antérieures à 2007 – qui garde des documents de ce genre datant d’il y a dix, quinze ou vingt ans ? »
— Moi.

Les hommes politiques sont souvent admirables dans le renoncement (De Gaulle, Delors, Juppé, même Hollande) ou quand ils font leurs adieux (Sarkozy, qui l’eût cru ?), et pitoyables quand ils s’accrochent. On les préfère quand ils s’en vont.

mercredi 1 mars 2017

Chez nous, film de Lucas Belvaux


De la difficulté à faire un film politique. Dès le titre, Chez nous, reprenant le slogan xénophobe « On est chez nous », l’explicite crée le malaise. La gêne persiste avec la femme blonde, fille de son père, les noms de lieux décalqués, les discours à la lettre. Heureusement, une intrigue forte, et vraisemblable, entraîne dans la fiction. Un documentaire peut s’en prendre frontalement au Front, mais on se dit qu’un film politique se doit de trouver un biais pour traiter le sujet, de construire une fable, une allégorie, un symbole. Un peu de distance, un angle d’attaque indirecte, un détour pour viser juste et décoller du particulier vers le général. Dans Merci, patron, la dérision réussit, à partir d’une situation particulière, à susciter l’adhésion du spectateur sans peser par la lourdeur d’une thèse. Reste dans Chez nous le jeu sensible des acteurs, et ces plans sur les rues désertes aux maisons de briques alignées (il est loin, le temps où Enrico Macias chantait les gens du Nord aux maisons alignées « par souci d’égalité »), les champs nus, les ruines industrielles, la géométrie déprimante des escaliers d’immeubles. C’est là le vrai message politique du film.

La droite fracturée, la gauche explosée, le centre écartelé, la France en morceaux. Il se trouvera bien un éboueur pour ramasser les débris, c’est-à-dire nous.

mardi 28 février 2017

Les zoms politiques (y compris quelques femmes)


Je ne laisserai personne sur le bord de la route. Les zoms politiques aiment cette image du conducteur généreux pour les auto-stoppeurs : on a entendu ce cliché dans la bouche de Sarkozy, maintenant Macron. Sur les routes, on voit pourtant de plus en plus d’errants à chaussures usées, et quand les voitures officielles passent à toute vitesse, escortées de motards, se réfugier d’un bond sur le bord de la route est leur seule chance de survie.

Les zoms politiques se plaignent que les journalistes commentent des « phrases sorties de leur contexte ». Sur le principe, ils ont raison : chacun a fait l’expérience de la déformation de ses propos en raison d’un énoncé tronqué. Mais en pratique, ils ont souvent tort. La réécoute de leur discours intégral ne diminue en rien la portée de l’énoncé décontextualisé. D’autant que les zoms politiques ne construisent plus de discours, comme au temps des orateurs, mais qu’ils calibrent une suite de petites phrases déconstextualisables, prêtes à l’emploi pour les citations dans les médias.

Pendant qu’un zom politique dit à la radio que les agriculteurs ont « une mission sociétale », une agricultrice se pend dans sa salle de traite, avec pour seuls témoins ses vaches laitières qui ne peuvent plus la nourrir et qu’elle désespère de pouvoir continuer à nourrir. Fin du « monde agricole », puisque l’agriculture est un « monde » pour les zoms politiques.

jeudi 16 février 2017

Mon portable


Mon portable est intelligent. Il sait ce que je vais écrire. Il a en stock un dictionnaire pour corriger les fautes, mais aussi un manuel de conversation avec une multitude de clichés et, plus impressionnant, il a conservé en mémoire mon lexique usuel, sclérosé en tics de langage, et mes suites habituelles de mots, qui constituent autant de routines de discours. Mon portable me propose à la fois la langue de tout le monde et ma parole personnelle ; c’est un trésor lexical qui mélange la langue commune et mes expressions individuelles.

Travaux pratiques en direct : je tape Je sur le clavier, et la barre des mots propose au choix : suis – vais – pense – ne – sais – me – crois – peux – viens – le.

Rien de personnel.

Si je sélectionne vais, s’affiche une autre suite de mots syntaxiquement cohérents : me – faire – voir – te – aller.

Donc, je vais aller, tournure lourde, mais sans doute habituelle sous mes doigts. Après aller, le portable suggère, entre autres possibilités, chez, que je sélectionne. Vient ensuite une liste de déterminants. J’appuie sur les. Nouvelle série : parents – jeunes – loups – gens – autres – filles – hommes – Romains – enfants – voisins. Ici, on entre dans le dur du sens. Aller chez les filles fait partie des expressions toutes faites, j’imagine. Mais aller chez les hommes paraît incongru. Et que vient faire ici Romains ? Le portable se souvient-il d’Astérix ? C’est un second intrus qui m’épate : loups. Aller chez les loups. Car cette expression-là appartient bien au répertoire de ce que j’écris régulièrement. Le portable a retenu cette private joke, et j’hésite entre admiration pour une telle mémoire et inquiétude d’être ainsi écouté par mon portable. Désagréable impression qu’il en sait plus que moi, qu’il écrit par anticipation, qu’il devine mes pensées et qu’il choisit à ma place. Si je valide la suggestion, j’obéis à ce nouveau maître. Parfois, j’appuie à côté dans la liste présélectionnée et il me fait dire ce que je ne voulais pas dire. Mais qui sait ? C’est peut-être lui qui avait raison. Mon portable propose et dispose.

jeudi 9 février 2017

Choses entendues (notées sur le vif)


Deux femmes :
— Tu es sûre d’être sûre ?
— Formidable ! Tu verrais comme il a changé…

Un jeune gameur, à un footballeur virtuel :
— Toi, si je retrouve ton prénom, t’es mort.

Un homme qui marche dans la rue, à son portable :
— Toi, on te connaît, quand il s’agit de discuter…

Une femme, à son portable, hurlant :
— C’est bon. Il veut ma mort. Laissez-moi tranquille !

Une employée de la Poste, énervée par son ordinateur :
— Putain ! oh pardon, ça ne fait pas partie de mon vocabulaire, je vous prie de me croire.

samedi 4 février 2017

Pénélope II


On apprend que Penelope (sans accent) a pour surnom Penny. Ce trajet onomastique, de l’épouse modèle à une monnaie, dessine comme un destin.

Publier des notes de lecture sous pseudonyme, n’est-ce pas une infraction assimilable à du travail dissimulé ?

Celle qui semblait la complice apparaît désormais comme une victime, emprisonnée dans un roman de province imaginé au XIXe siècle. Qu’elle soit étrangère et réduite au silence augmente le désarroi, le sien et celui des voyeurs que nous sommes. Constamment dans l’ombre, et tirée vers la lumière pour y être aveuglée.

jeudi 26 janvier 2017

Pénélope


En attendant Ulysse, et pour tenir éloignés les prétendants, Pénélope déliait la nuit ce qu’elle tissait le jour. Résultat nul, pour la bonne cause. Mais faire et défaire, c’était quand même travailler.

Selon un journaliste, l’actuel président des États-Unis « détricote » les réformes du précédent. Pénélope Trump ?

Je me souviens que Brassens avait eu l’audace de faire rimer « Pénélopes » et « salopes », dans Les Trompettes de la renommée. C’était choquant, cette rime riche pour le son et renversante quant au sens.

samedi 21 janvier 2017

Trump for President


Walt Disney s’est trompé dans le casting de sa dernière superproduction : au lieu de Donald, il a engagé un Mickey.

Pendant quatre ans, les anti-américains primaires n’auront plus à se faire passer pour des anti-américains secondaires.

Les mêmes journalistes qui n’avaient rien vu venir ont ensuite expliqué que Trump n’appliquerait pas son programme. Encore raté.

Comme tous les bouffons de théâtre, il arrive à celui-ci de dire des vérités qu’on aurait préféré ne pas entendre.

Comment expliquer à des esprits simplistes que la réalité est complexe, avec des idées qu’ils peuvent comprendre ?

La présidence de Trump sera une chance pour les analystes du discours politique. Le président produira pendant son mandat plus de figures de rhétorique que les quarante-quatre présidents précédents. Sa notion de « truthful hyperbole » (hyperbole véridique) repousse déjà les limites de l’oxymore.

Avec un président caricatural, les caricaturistes se retrouveront au chômage : il sera difficile d’en rajouter pour accentuer le trait. Il arrive ainsi que le caricaturé dépasse la caricature.

À mesure que les US se renfermeront dans leurs frontières, la frontière entre réel et fiction, erreur et vérité, n’aura jamais été aussi poreuse, et en perpétuel déplacement.

mardi 17 janvier 2017

La politique du tweet


La politique se fait désormais par des tweets de 140 caractères. « Je déclare la guerre à… » : il reste encore de l’espace pour indiquer la cible. Fini les discours, les lettres diplomatiques, et les notes de synthèse. Mais il y a des antécédents célèbres dans l’Histoire : Veni, vidi, vici ; la Dépêche d’Ems, très condensée ; et le mot de Cambronne à Waterloo, qui tenait en cinq caractères.

L’agression vis-à-vis des journalistes est devenue un exercice obligé de la part des intellectuels et des politiques : Bourdieu ne les ménageait guère, aujourd’hui Onfray, et tous les candidats aux primaires, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par Fillon. Le spectateur-électeur, qui n’accorde guère de crédit aux journalistes, applaudit de les voir bousculés, jusqu’à flairer la posture, celle qui est censée plaire à l’électeur et rapporter des voix. Les coups qu’on se porte au Théâtre de Guignol n’amusent que les enfants.

Le « plafond de verre » ? Mais pourquoi veulent-ils tous le « crever » ? Ils risquent de se couper, et d’être mouillés s’il se met à pleuvoir.

dimanche 8 janvier 2017

Les beaux yeux de la biche


« T’as de beaux yeux, tu sais », « Ma biche ». Deux actrices disparaissent, Michèle Morgan, Claude Gensac, et pour toute nécrologie on ne trouve à citer qu’une réplique prononcée par un de leur partenaire masculin. Misère du « deuxième sexe » au cinéma. Ces yeux-là n’ont pas eu la parole, et la biche a été tuée par le chasseur.

Les sondeurs politiques se sont trompés, s’excusent-ils, parce que les résultats se trouvaient « dans la marge d’erreur ». C’est un peu comme la vie : la possibilité de son apparition et de sa disparition est toujours « dans la marge d’erreur ».

De temps en temps, il faudrait pouvoir se quitter quand on ne se supporte plus, avec toutefois la certitude consolante de se retrouver le lendemain au réveil, après une bonne nuit.