mercredi 15 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (25)
Le tournoi de Roland-Garros 2020 se déroulera sans spectateurs. Les tribunes seront garnies des célébrités, chapeaux et lunettes de soleil filmés l’année dernière. Dunlop a conçu une balle jaune spéciale, hérissée de petites antennes rouges. Les joueurs échangeront des balles de fond de court, avec interdiction de monter au filet.
Antoine Blondin ne suivra pas le Tour de France cette année, parce qu’on y interdit les verres de contact.
Le Tour de France arrivera sur l'avenue des Champs-Élysées le 20 septembre. En conséquence, le 14 juillet est repoussé jusqu’à cette date.
mardi 14 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (24)
Ce n’est pas parce qu’on entend or dans coronavirus qu’il faut s’en prendre aux riches pour payer la note. Après tout, c’est parti d’un pays communiste.
Le ministre des comptes publics réfléchit à la mise en place d’une plate-forme de dons pour lutter contre le Covid-19. Depuis le XIXe siècle, c’est encore la charité qui marche le mieux avec les riches.
Le ministre de l’économie a prié Messieurs les Grands Patrons de bien vouloir accepter de réduire de quelques euros le salaire qu’ils se versent, dans leur propre intérêt. On espère ainsi éviter une crise sociale après la crise sanitaire.
Certains pauvres esprits revanchards voudraient rétablir l’ISF. Il vaut mieux inciter les grandes fortunes à quelques gestes spectaculaires. Mais ça vient moins vite qu’après l’incendie de Notre-Dame, qui se prêtait mieux au mécénat.
Les industries du luxe se reconvertissent dans la fabrication de masques en tissu et de gel à 2 euros la bouteille. C’est bon pour le retour sur image. Mais il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps.
On remercie énormément les infirmières, les aides-soignants, les aides à domicile, les caissières, les éboueurs. On accordera une prime aux survivants, et même à leur famille en cas de décès. Après la crise, on leur donnera des médailles et on gravera leurs noms sur des plaques. On continuera à les remercier pendant longtemps. On ne les remerciera jamais assez.
En bon père de famille, le patronat s’inquiète de la santé des ouvriers : quand ils sont malades, ils ne peuvent plus être sur la chaîne.
lundi 13 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (23)
Habemus papam, enfin !
François a renoué avec le geste des prophètes de la Bible : il prêche dans le désert.
Cette année, les œufs de Pâques aussi sont sous cloches.
Il suffit de regarder les églises pratiquement désertes pour mesurer le taux de déchristianisation de la France.
Heureusement que Notre-Dame de Paris a brûlé il y a un an, sinon elle aurait été pleine cette année, et ça aurait été une catastrophe pire encore.
Dans la journée, on jeûne bien confinés chacun chez soi, et après le coucher du soleil, c’est la fête tous ensemble en famille, avec les amis, les voisins, dans la rue.
Des traditionnalistes ont été pris en flagrant délit de messe pascale clandestine à Saint-Nicolas-du-Chardonnay. Le prêtre intégriste s’est justifié en présentant le latin comme une langue barrière.
Covid ! covid ! ça y est, s’exclame le vieil Hugo devant l’Océan, terminant son long poème « Le Jour de Pâques », je la tiens ma rime à « tombeau vide ».
dimanche 12 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (22)
En sortant guéri, Boris Johnson remercie l’hôpital public de lui avoir sauvé la vie. C’est un miracle (pas la guérison).
La Tendresse. Symphonie confinée. Réponse au libéralisme qui atomise et défait les solidarités, cette superbe « symphonie confinée » qui fait chanter, jouer, danser les solistes solitaires (ils ont juste un nom, un lieu, couvrant la France, avec échappée vers l’Italie frappée), cœur choral, chœur cordial, chacune, chacun dans son chez soi, dehors ou dedans, avec l’humour en plus (un chat, une brosse à dents, un rouleau de PQ pour la douceur). Vue plus de deux millions de fois. Ce qu’on invente de mieux.
samedi 11 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (21)
On pourrait considérer la tragédie d’un autre point de vue, en regardant la situation de haut : périodiquement, la Nature donne un grand coup de pied dans la fourmilière des hommes pollueurs, prédateurs, pilleurs de ressources, parasites.
Premier avertissement.
Il y a ceux qui disent : on ne va pas repartir comme avant, il faut changer le système qui nous a menés là ; et ceux qui ont la main sur les manettes pour relancer la machine plein gaz dès que le feu repassera au vert. Plus vite, plus haut, plus fort, ça vaut aussi comme devise d’une économie dopée.
« Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent » : la citation, faussement attribuée à Chateaubriand (parce qu’il est le poète des forêts et des déserts), se trouve en ce moment contredite par les images de la Nature reprenant vite ses droits dès que l’homme se retire.
Nous revient à la mémoire la belle phrase désespérante qui conclut Les Mots et les choses de Michel Foucault (1966) : « … alors on peut bien parier que l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable ».
vendredi 10 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (20)
Liliane Marchais est morte du Covid-19 le jeudi 9 avril, dans un Ehpad, à l’âge de 84 ans. C’est le 21 janvier 1980 que son mari Georges lui avait donné l’ordre, resté célèbre : « Liliane, fais les valises, on rentre à Paris. » Elle a mis quarante-et-un ans pour boucler la sienne, se soumettant finalement à un agent venu d’un pays communiste.
La seule chose qui nous rapproche, c’est l’éloignement.
Malgré le confinement, la poussière parvient à rentrer dans les appartements. Par où ?
Pendant la pandémie, on se découvre tous frères, sauf avec les réfugiés, qui viennent d’ailleurs et qui en plus peuvent introduire subrepticement le virus.
Face à la Chine, le plus gros producteur industriel de masques, la France se positionne au premier rang des puissances qui fabriquent des masques artisanaux, avec de vieilles chutes de tissus, homologués par le ministère de la santé.
jeudi 9 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (19)
Ça va mieux : les journalistes ont retrouvé leur ton badin et leur humeur faussement enjouée.
Surtout ceux qui présentent la météo : ils sont ravis d’annoncer que dehors, il fera beau.
Chers auditeurs, vous avez la parole, l’antenne vous est ouverte. On a besoin d’entendre des témoignages qui rassurent et qui soutiennent l’effort de guerre.
Si par hasard un auditeur se mettait à analyser sérieusement la situation en montrant que la crise est politique, tu lui couperais la parole en lui disant On a bien entendu votre colère, et même votre coup de gueule. Au suivant.
Les attentats, les Gilets jaunes, maintenant la pandémie ont façonné une génération de journalistes à produire de l’info en boucle : ils sont capables de continuer à parler quand il n’y a plus rien à dire.
Les têtes de micros portent désormais un préservatif intégral, pour éviter que l’information soit contaminée.
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