mercredi 8 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (18)
Maintenant que les scientifiques ont accès aux médias en permanence, on sait comment ils parlent de nous : le confinement pourra être levé quand on aura des certitudes concernant l’immunité de troupeau.
Entendre un scientifique dire : « Je ne sais pas », c’est flippant mais quelque part, ça fait du bien.
Le pauvre patient ne comprend pas trop ce qui se passe entre le professeur barbichu et chevelu de Marseille et ses confrères rasés ou chauves, mais il devine des conflits anciens entre mandarins parisiens et un franc-tireur de province – pire : de Marseille, une sorte de fada de la recherche médicale, très mal en cour, et qu’on nomme du bout des lèvres.
Quand les politiques ne savent plus quoi faire, ils s’en remettent aux scientifiques, qui ne sont pas d’accord entre eux.
Les obèses ont un taux de mortalité supérieur aux autres. Pour ne rien arranger, on est tombé sur un virus grossophobe.
Quand on entend certains psys donner des conseils pour vivre en temps de crise, on se dit qu’on n’a pas envie d’aller les voir en temps ordinaire.
mardi 7 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (17)
À qui fera-t-on croire que ces personnels de santé étaient épuisés, au bord du burn-out il y trois mois, alors qu’ils en avaient encore sous le pied pour faire face à une pandémie ?
Le directeur de l’ARS (Agence régionale de santé) du Grand Est annonce la suppression de lits et de postes au CHU de Nancy, après la fin de l’épidémie. Voilà le vrai héros des temps modernes, celui qui fait preuve de courage en bravant l’opinion.
Ah, mais je le reconnais, le type qui m’applaudit à 20 heures : c’est lui qui m’a fait un doigt d’honneur du haut de son balcon quand j’ai défilé avec ma pancarte « Infirmière en colère ».
lundi 6 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (16)
Quel ministre de l’Intérieur n’en a pas rêvé : rassemblements illégaux, défilés interdits, le trajet entre République et Nation absolument désert.
Le Conseil constitutionnel a déclaré que la pétition contre la privatisation de l’Aéroport de Paris n’avait pas recueilli suffisamment de signatures. Au moment où les avions ne s’y posent plus, c’était urgent.
Le même Conseil constitutionnel s’est proclamé compétent pour débouter les soignants qui demandaient à l’État des masques et des moyens de dépistage. C’est une grande satisfaction de constater que même par temps de crise les grands corps assurent la stabilité des institutions.
Aujourd’hui, l’heure n’est pas aux polémiques stériles ni aux divisions. Nous répondrons à toutes les questions (légitimes) demain.
« Si on a des masques, on peut dire qu’ils sont utiles. » Le discours officiel ne se contredit jamais : il évolue.
dimanche 5 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (15)
La nouvelle fracture linguistique divise la France entre les savants qui disent Covid-19, et ceux qui parlent du Coronavirus, le peuple.
Drastique, drastiquement : rien qu’à la manière d’attaquer le mot, en faisant péter la dentale, on comprend que la situation est grave et que le remède sera sévère.
Tension : synonyme de pénurie, dans un moment où il ne faut pas affoler les citoyens. Exemple : tension sur les masques, tension sur les tests, tension sur les respirateurs. Dans d’autres usages, litote pour conflit : le gouvernement tente de calmer les tensions sociales.
Métaphore topographique : Le pic n’est pas encore atteint, mais la courbe ascendante connaît un ralentissement de sa progression, avant d’atteindre un plateau. Mentalement, on a un peu de mal à visualiser.
Comme les conseillers en communication étaient bien embêtés avec le détournement des premiers de cordée au profit des soignants, ils ont inventé l’image des trois lignes, pour aplatir à l’horizontale une représentation sociale qui risquait d’échapper à l’autorité du pouvoir.
Bombe : il fallait s’attendre à passer d’une guerre classique, avec de la chair à canon et des soldats en première ligne, à une guerre moderne. Il est question désormais de bombe atomique et de bombe à retardement.
En temps de guerre, les gens deviennent grossiers. Xavier Bertrand : l’argent, on s’en fout, qu’on ne nous emmerde pas. Une infirmière réclame des « putains de masques ». Langage de corps de garde. C’est ça, le parler vrai.
vendredi 3 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (14)
Pour une fois, les Juifs n’y sont pour rien. À moins que la pandémie ne soit partie d’un baiser au mur des Lamentations.
Avec un peu de chance, les ultra-orthodoxes et les intégristes de toutes les religions vont s’éliminer d’eux-mêmes : inutile de prendre des précautions, Dieu pourvoira à notre salut, embrassons-nous.
Quand on pense que deux mille fidèles réunis à Mulhouse ont accompli la volonté du Seigneur, qui envoyait ses disciples répandre la bonne parole dans le monde entier.
« Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage » (article 1 de la Loi du 11 octobre 2010). Le législateur va devoir réformer la loi.
Finalement, le niqab, c’est peut-être la solution pour une protection intégrale.
Journal insignifiant d’un con, finement (13)
Les morts dans les Ehpad ne sont pas comptabilisés dans les chiffres donnés tous les soirs par le directeur de la santé. On savait déjà que les vieux ne comptaient pas.
Au début, on se disait que les jours de confinement équivalaient à des vacances, mais à mesure que le temps passe, il apparaît qu’un été complet ne sera pas de trop pour s’en remettre.
Sauve qui peut, mais certains peuvent plus que d’autres.
Pendant la pandémie, les éboueurs continuent à ramasser nos poubelles. Le tri sélectif est toujours en vigueur. Dans les hôpitaux aussi.
La pandémie nous fait perdre la dernière de nos illusions : que les hommes sont égaux devant la mort.
jeudi 2 avril 2020
Journal insignifiant d’un con, finement (12)
Y aura-t-il des œufs à Pâques, et du muguet au 1er mai ? Et des défilés au 1er mai, est-ce qu’on en verra ?
Pape Diouf est mort du coronavirus. C’était le premier Pape noir.
Manquerait plus qu’un petit malin infecte Internet d’un virus informatique, et on serait privés de ce qui nous permet de supporter l’autre virus.
Orly ferme. C’est le moment pour les riverains de vendre leurs maisons, comme dans Un éléphant, ça trompe énormément, où l’agent immobilier profite d’une grève.
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