lundi 9 novembre 2020

Le livre, invaincu

Prenant acte qu’il n’y a plus de lecteurs, les jurés des prix Femina et Médicis ont annoncé leurs lauréats quand les librairies sont fermées.

Les deux couronnés n’ont pas caché leur joie, mais un peu mieux leur dépit d’avoir ainsi passé leur chance d’obtenir le Goncourt, en temps normal décerné avant les deux autres.

N’ayant été distinguée ni par le Femina ni par le Médicis, Amélie Nothomb garde toutes ses chances pour le Goncourt.

Joncour a raté le Goncourt, à peu de choses près.

Mais le grand livre de cette rentrée, hors Goncourt, c’est le premier roman de Raphaël Enthoven, Le Temps gagné. Un chef d’œuvre qui rejette dans l’ombre Le Temps retrouvé. D’après le critique littéraire de Gala, on s’y trouve nez à nez avec Béatrice : elle a un « cul si rond qu'il en était ovale ». Il faut être bon géomètre pour se le représenter. Une comparaison aide à mieux le visualiser : il est « bombé comme un fruit de Cézanne », donc plutôt rond, puisque Cézanne a peint des pommes et non des poires. Enfin, dernières caractéristiques pour le reconnaître si on le croise : « athlétique, invaincu ». Il est fort probable que ce dernier adjectif, invaincu, soit une fausse transcription de la parole du philosophe pressé pratiquant la dictée vocale : il aurait dû ménager une pause entre chaque syllabe.

samedi 7 novembre 2020

Robinette

En apprenant sa victoire, Jo Biden (77 ans) est mort de joie. Quand il a su qu’il gagnait par disparition de son adversaire, Donald Trump s’est étranglé avec son hamburger. Et c’est ainsi que, pour la première fois dans leur histoire, les US ont eu pour président une présidente, et de couleur.

Moi ou le chaos. On connaît l’alternative. Elle prend tout son sens quand c’est le Chaos en personne qui parle.

Se trumper : anglicisme qui signifie non seulement faire passer ses mensonges pour des vérités, mais croire à ses propres erreurs.

Tweet : après les bulles papales et les oukases tsaristes, manière moderne de gouverner en 280 caractères.

Les Shadocks comptaient, comptaient à l’infini, et quand ils avaient terminé, ils recomptaient. Arrivés au bout, ils pouvaient toujours ajouter 1 au total précédent, ce qui semait la discorde, les Shadocks aimant les opérations qui tombent justes. 
 

jeudi 5 novembre 2020

Quoi et coi

Deux mois déjà sans son mot à dire. C’est que, chaque jour, comme écrivait un autobiographe, « le sujet dépasse le disant ». Pour Stendhal, il s’agissait d’amour, sa grande affaire. Pour le bloggeur du jour, ce sont les nouvelles du monde extérieur. Elles passent si vite, sont données avec tant de mots répétés en boucle, qu’y ajouter augmenterait la cacophonie.

Par exemple, ce re-confinement. Les optimistes disent « second confinement » ; les pessimistes « deuxième confinement », les amateurs de série « confinement saison II ». Les linguistes rient sous le masque. Ils sont les seuls à percevoir la nuance.

Un ami plaint les gens qui ont mauvaise haleine : sous le masque, c’est insupportable.

L’un des avantages du masque consiste à pouvoir faire semblant de ne pas reconnaître quelqu’un qu’on n’a pas envie de saluer. C’est la vraie distanciation sociale, autre chose que la distance physique, avec laquelle on la confond souvent.

Toute l’expression se concentre désormais dans le regard : les rides, les pattes d’oie, l’éclat. L’âge se lit sûrement dans cette mince ouverture de heaume médiéval. Surprise quand l’autre enlève le bas (du visage).

J’ai même croisé des Orientaux sans masque.

En 1914-1918 aussi, la guerre sanitaire avait suivi la guerre tout court ; la grippe espagnole avait fait plus de victimes que la boucherie. Économiquement, un même vocabulaire sert pour les deux guerres d’aujourd’hui, contre les ennemis invisibles de l’intérieur : rempart, mesures de sécurité renforcées, contrôles de police, fronts, surveillance. Et le compte des morts.

Revoilà les calamités liées au confinement, qu’on pensait ne plus subir : les films avec de Funès, les émissions de cuisine, les experts, les psychologues qui expliquent comment passer cette période difficile, les blogs de confinés heureux pour qui ça ne change pas grand-chose.

Le rayon papeterie est ouvert, mais pas le rayon livres. On peut toujours écrire.

Le casse-tête de Jean Castex : « Il a fermé la porte à une réouverture » (un journaliste).

Monde à l’envers, où « positif » tombe comme un couperet.

Pendant ce temps-là, le ministre de la Justice, Éric Dupont-Moretti, masqué, fait l’éloge de la non-transparence.

dimanche 30 août 2020

La même chose

Les anti-masques se trouvent devant un dilemme : manifester avec ou sans masque ? Car il s’agit pour eux de protester contre l’obligation de le porter en évitant l’amende de 135 euros prévue en cas de non-respect de la loi. Dans le cortège, certains arboraient un masque barré d’une croix rouge, d’autres avaient écrit « Interdit » sur le tissu. D’autres enfin avançaient à visage découvert devant les policiers masqués.

Dans le camp du Cap-d’Adge, le taux de personnes positives est quatre fois plus élevé que la moyenne. Le naturisme ferait-il négliger la distance physique ? Il semble difficile d’imposer un cache-nez et un cache-bouche à celles et ceux qui refusent le cache-sexe.

Avant de sanctionner, la police fait de la pédagogie. Un agent demande par exemple aux passants négligents de remonter leurs masques sur le nez. Il ajoute : « je fais juste du redressement verbal » (entendu à la radio).

Les fabricants de rouge à lèvres sont au bord de la faillite. Ils cherchent un nouveau maquillage applicable directement sur le masque, et lavable sans laisser de trace. Ils se reportent également massivement sur la partie haute, le fard à paupières, le ricil, le rimmel et le mascara. Mais, comme me le fait remarquer ma fille, dans mascara, on entend masque à rat. On n’y échappe pas.

Retour dans une salle obscure, pour Effacer l’historique. Drôle d’expérience : rire tout seul derrière son masque. Sans compter que les postillons doivent passer au travers. Et si l’on pleure, c’est pire : les larmes détrempent le papier. En temps de Covid, les visas d’exploitation ne seront accordés qu’aux films qui ne provoquent aucune émotion chez le spectateur.

jeudi 20 août 2020

Dernières nouvelles du (co)vide


En raison du faible trafic ferroviaire de l’été, les deux cent deux malades qui ont pris dix TGV médicalisés pour faire le voyage de l’Est vers l’Ouest seront comptabilisés comme des passagers partis en vacances par le train.

Si le nez de Cléopâtre eût été masqué, toute la face du monde aurait changé.

Zorro masqué sur le nez et la bouche : on l’aurait reconnu tout de suite.

Comme La cour de la prison de Van Gogh, les vacanciers sur les « plages dynamiques » sont priés de marcher sans s’arrêter.

Déclaration du ministre de la santé Olivier Véran aux vieux d’un EHPAD en Dordogne, le 7 août 2020, en pleine canicule et alors que le virus continue à circuler : « Tenez bon ! »

Au foot, par temps de virus se diffusant pendant la troisième mi-temps, il vaut mieux perdre que gagner.

Un citoyen s’est présenté spontanément à notre commissariat pour dénoncer Xavier Dupont de Ligonnès, mais comme l’individu se cachait derrière un masque, il n’était pas sûr que c’était lui.

samedi 25 juillet 2020


Maintenant que Christo est mort, on ne peut plus cacher ces statues qu’on ne saurait voir.

Il a bien fait de conserver la corde qui a servi à pendre son ancêtre noir quand il s’est révolté. Cinq générations après, elle a servi à renverser la statue du bourreau.

De la peinture blanche sur un esclave noir et sur la statue noire du colonisateur blanc de la peinture rouge sang.

Déboulonner des statues ? Mais ça fait bien longtemps qu’on ne les boulonne plus. Il suffit de les pousser. Elles tombent assez facilement.

lundi 13 juillet 2020

Nuit blanche, écran noir


Dans la série des Simpsons, les personnages noirs ne seront plus doublés par des acteurs blancs. «Nous allons de l’avant. Les Simpsons n’auront plus d’acteurs blancs pour assurer la voix des personnages non blancs», ont indiqué les studios Fox dans une déclaration transmise à l’AFP. « Persons of color should play characters of color », déclare Mike Henry, acteur blanc qui double le personnage noir de Cleveland Brown dans « Les Griffin » (« Family Guy » en VO). En effet, on entendait nettement la différence quand un acteur appartenant à une minorité visible parlait d’une voix blanche.

Au théâtre, les acteurs blancs ne joueront plus des rôles de Noirs ni les Noirs des rôles de Blancs. Ni blackface ni whiteface. Mais Les Nègres de Genet, comment les mettre en scène ? « Quand Bobo enduit de cirage la figure de Village… » « Qu’on distribue au public noir à l’entrée de la salle des masques de Blancs. » « Mais, qu’est-ce donc qu’un Noir ? Et d’abord, c’est de quelle couleur ? » Finita la commedia, le dernier lieu où l’on pouvait changer de peau, où même un Noir pouvait mettre un masque noir.

L’Oréal a décidé de retirer les mots blanc, blanchissant, clair, de tous ses produits White perfect. Aux dernières nouvelles, les crèmes solaires s’appellent toujours bronzantes.