mercredi 22 décembre 2021

En retard (1)

Rien sur le blog depuis le 13 septembre. Des amis ont cru à une disparition, sans laisser d’adresse, même électronique. D’autres à une histoire de cadavre qu’on retrouve trois mois plus tard disputé par les vers, les rats et le chat. Drame de la solitude, titrent les journaux. Il meurt tout seul, comme s’il pouvait en être autrement. Non, c’est plus simple. Le bloggeur était requis ailleurs.

Il a quand même eu le temps de prendre des notes, qu’il livre à la curiosité de ses followers, celles et ceux qui le suivent, qui m’aime me suive, et parfois le poursuivent. Que fais-tu, que deviens-tu, pourquoi n’écris-tu plus ? Il s’en est passé des choses.

Solenn de Royer a publié en septembre 2021 un récit intitulé Le dernier secret, chez Grasset. C’est le récit (autobiographique ?) de la relation entre une très jeune femme qu’on appellera Claire et le vieux François Mitterrand. De Gaulle avait une épouse, Yvonne, et une maîtresse, une seule, la France, qui prenait tout son temps. Imagine-t-on une biographie de la vie amoureuse du grand Charles ? Pas plus que De Gaulle mis en examen. François Mitterrand avait tant de maîtresses (ce Dernier secret sera suivi de beaucoup d’autres) qu’on se demande quand il trouvait le loisir de s’occuper de la France.

Delphine Jubillar a disparu depuis une année. Cédric Jubillar a rencontré sa nouvelle compagne, Sévérine Longhini, lors d’une battue organisée pour retrouver le corps de son épouse. Ce jour-là, ils n’ont rien trouvé. Reviens, Marguerite, écrire « Sublime, forcément sublime, Cédric J. », après avoir vu la maison du couple, pas finie, avec ses gravats, sa poubelle, ses volets fermés.



Pourquoi la télévision ne rediffuse-t-elle jamais Le Docteur Jivago pendant l’été ?

lundi 13 septembre 2021

Bébel

Dans la famille Belmondo, on demande l’artiste, Paul, le père.

« Il a eu les plus belles femmes du monde », CD, CC, UA, etc. Les journalistes, de sexe masculin ou féminin, ne disent toujours pas d’une femme qu’elle a eu les hommes les plus ceci ou les plus cela du monde.

D’accord, il ne se faisait pas doubler pour les cascades, mais les claquettes sur la table dans Un singe en hiver, ce n’était pas lui.

Aux obsèques de Jean-Paul II, les dévots criaient Santo subito ! Dès la mort de l’autre Jean-Paul, on a entendu monter de la foule : Panthéon tout de suite.

Venu saluer le dernier, ou l’avant-dernier « monstre sacré », mort à 88 ans, Alain Delon, 85 ans, assistait à une répétition.

dimanche 22 août 2021

Taliban, sans « s »

Les tabiban peut ne pas prendre de « s ». Taliban est déjà un pluriel. C’est un singulier collectif : ils se ressemblent tous, barbe, kalachnikov, shalwar kameez. Un taliban vaut tous les taliban, les tabiban agissent comme un seul homme. Quand un taliban lapide une femme adultère, la pierre arme le bras de tous les taliban.

Les Américains en débandade se distinguent par ce fair play et cette élégance dans la défaite qui consiste à laisser à l’ennemi le matériel militaire avec lequel ils l’ont combattu, en souvenir.

Les GI’s arrivent soit par la mer (débarquement), soit par le ciel (parachutage). Quand ils repartent, c’est exclusivement par la voie des airs, de bas en haut, agrippés à un hélicoptère.

Les mollahs sont et resteront fermes.

Le mollah Baradar revendique la conduite du gouvernement des taliban, rappelant que c’est lui, et pas un autre, qui conduisait la moto sur laquelle le mollah Omar a fui.

Quand on pense que la jeune Afghane aux yeux verts, dont on a tous épinglé la photo, par amour et solidarité, est une pachtoune.

Quelle est la différence entre un kamikaze islamiste et un taliban ? Après s’être fait sauter, le kamikaze sera accueilli au paradis par 72 vierges. Moins gourmand, le taliban, de son vivant, est certain qu’il trouvera une fillette de 12 ans à dépuceler.

mercredi 18 août 2021

Perdre là, Kaboul

Taliban : nom commun exclusivement masculin. Le féminin n’est pas usité.

Les nouveaux maîtres de Kaboul se sont engagés à former « un gouvernement inclusif ». S’appuyant sur la déclaration de l’Académie française concernant l’écriture dite précisément « inclusive » (2017), considérée comme un « péril mortel », ils ont décidé que le féminin ne ferait l’objet d’aucun accord.

Étant donné que les Talibans, dont on disait qu’ils seraient à Kaboul dans deux mois, ont pris son contrôle en deux jours, combien de temps mettront-ils pour entrer dans Paris, sachant que les experts leur donnent deux années ?

L’un des chefs talibans a promis de terminer le travail de destruction entamé contre les Bouddhas de Bâmiyân. Toute la falaise va y passer. Les tenants américains de la cancel culture ont fait des émules.

Par peur des représailles, on voit des musiciens qui cassent leur instrument, des peintres qui crèvent leurs tableaux, des photographes qui jettent leur appareil à l’eau, des femmes qui se laissent pousser la barbe.

jeudi 12 août 2021

Mon bel été à moi

À la fin de nos messages de saison, « bel été » a remplacé « bon été », trop banal. Même les vacances doivent répondre à certains critères esthétiques.

Cet été, justement, les incendies, les précipitations, les inondations sont apocalyptiques. « Elle accomplit des prodiges étonnants : jusqu’à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du ciel sur la terre » (Apocalypse, 13, 13). Les météorologues ont baptisé cette Bête : l’anticyclone « Lucifer ».

Les hommes ne sont pas en reste sur les éléments. La stèle de Simone Veil à Perros-Guirec a été taguée de croix gammées peintes en rouge : « Salope A du sang sur les mains ». Après des recherches infructueuses du côté d’un laboratoire chinois, les complotistes ont enfin trouvé la responsable de la pandémie.

Bonne nouvelle pour les Antilles : le chlordécone, pesticide désormais interdit dans les bananeraies, pourrait servir de remède pour soigner les cas de Covid particulièrement graves.

La « maison brûle », en Grèce, en Algérie. Mais que font les pompiers ? Ils essuient des tirs de mortiers pour feu (mais d’artifice) à Mantes-la-Jolie.

Les talibans ont horreur du vide laissé par le départ des armées américaines : ils le comblent très vite, de conquête en conquête. Trois intellectuels engagés, Bernard Kouchner, Bernard-Henry Lévy et André Malraux ont lancé un appel à la constitution d’une brigade internationale, en soutien au jeune général Sami Sadat, le héros national qui organise la résistance.

samedi 17 juillet 2021

Boomerang

L’arroseur arrosé, c’est comique.

Le gendarme rossé, c’est Guignol.

Le voleur volé, c’est réjouissant. Un ministre de la Justice mis en examen, c’est bouffon.

Un cancérologue qui meurt du cancer, là on ne rit plus.

samedi 12 juin 2021

Joue et parle

Alors qu’elle venait de se qualifier pour le deuxième tour à Roland-Garros, la joueuse de tennis Naomi Osaka a préféré abandonner le tournoi plutôt que de répondre aux journalistes.

À cette occasion, beaucoup ont appris que la séance de questions après le match faisait partie des « obligations médiatiques contractuelles », sous peine d’une amende de 12 300 euros, et en cas de récidive, de « futures suspensions en Grand Chelem ». Sur un court, on peut hurler comme cette mauvaise tête de John McEnroe ou la bûcheronne Monica Seles, mais il est interdit de se taire devant les micros quand on en sort.

Les journalistes commentent la fragilité mentale de la championne ; personne pour dénoncer la bêtise du règlement, l’assujettissement économique des champions et la complicité tyrannique des médias sportifs.

Naomi Osaka a justifié ainsi sa décision : « Souvent, on nous pose des questions qu’on nous a déjà posées de nombreuses fois ou des questions qui nous font douter et je ne vais pas me soumettre à des personnes qui doutent de moi. » Vérification faite, la traduction des propos de la numéro 2 mondiale ont été légèrement déformés. Elle a dit, littéralement : « Souvent, on nous pose des questions tellement connes qu’on se demande pourquoi avoir fait tant d’efforts sur le court et je ne vais pas me soumettre à des personnes qui me fatiguent encore plus que de taper dans la balle. »

Pour la même raison, Elena Ferrante, l’une des meilleures romancières mondiales, a été contrainte de poser la plume, sanctionnée par les instances internationales de la Littérature, qui imposent aux écrivains de venir parler de leurs livres après les avoir écrits.