vendredi 28 septembre 2018
Origines
Le monde avait son origine inconnue, peinte sous X. Il a désormais retrouvé sa tête. Le sexe peint par Courbet ressemblait à tous les sexes de femme (enfin presque), le visage de Constance Quéniaux n’appartient qu’à elle. L’identification à une personne, au nom assez ridicule, se paie d’une perte de généralité. Le plaisir du voyeur va se compliquer d’une jouissance d’esthète, consistant à remembrer cette tête photographiée sur ce buste peint. Comment jointoyer les deux ?
Cette histoire peut servir d’allégorie à la rencontre de la photographie et de la peinture : Courbet peint l’intérieur coloré, vivant ; Nadar photographie l’apparence bistre, comme éteinte.
« Le visage qui se cache derrière ce nu féminin vient d’être dévoilé » (LCI, 26 septembre). Pourtant, L’Origine du monde n’avait rien à cacher.
Certains enfants nés sous X veulent savoir ; ils revendiquent le droit d’accès à leur origine. Inversement, les enfants dont les parents ne laissent aucun doute, hélas, auraient-ils le droit d’effacer la leur ?
jeudi 6 septembre 2018
Dit littéraire
Il existe même un prix des prix littéraires, au cas où la dizaine de prix ne suffirait pas à récompenser les quatre ou cinq écrivains qui écrivent.
Il y a deux catégories de livres qu’on ne lit pas jusqu’au bout : ceux qui tombent des mains aux premiers pages parce que rien ne s’y passe dans la langue ; et ceux qui, tellement forts et denses, donnent des envies d’écrire : alors, il faut interrompre sa lecture et se précipiter sur un stylo.
Certains livres sont des sources, d’autres des terminus.
On s’est déjà ému ici que la dernière
maquette du Nouveau Magazine littéraire ait
réduit l’adjectif littéraire à une
taille microscopique : « Cache-toi, littérature. » Reste, en gros, un Magazine, qui peut être de n’importe quoi. Les trois éditoriaux de
septembre 2018, qui accompagnent le départ de Raphaël Glucksmann, confirment cette portion congrue. Le sortant parle d’idéaux
humanistes et débat de fond ; le patron Perdriel de radicalité dans le
questionnement et d’interrogations ; l’entrant Domenach de batailles
idéologiques. Au long du menu de la page d’accueil, 33 dossiers se
suivent, sous le chapeau : « Autres idées ». Parmi ces dossiers,
un seul prend pour titre une catégorie littéraire : « Poésie ».
Les frères ennemis du Nouveau et du Nouveau Nouveau Magazine sont d’accord
sur un point : les idées mènent le monde. On aimerait que ces hommes à
idées aient une petite idée de la littérature.
mardi 21 août 2018
L’été tire à sa fin
Il faut savoir gré aux sans-culotte d’avoir pris la Bastille un 14 juillet et à la Vierge Marie d’être montée au Ciel un 15 août, si bien que les Juillettistes et les Aoûtiens bénéficient à égalité d’un feu d’artifice, tiré au milieu de leur mois de vacances respectif.
C’est pendant nos flâneries estivales que peut s’apprécier pleinement le travail des nouveaux architectes paysagistes de nos jardins publics. Ils ont coupé tous les arbres malades, mais aussi les arbres qui sont susceptibles d’être attaqués par un champignon mortel, et encore les arbres qui, dans vingt ans, ne seront plus adaptés au réchauffement climatique. Ils ont remplacé les fleurs par des herbes folles, plus naturelles dans leur savant désordre, et surtout sans entretien. Enfin, ils ont supprimé tous les bancs à deux places pour les remplacer par des chaises individuelles fixées au sol, au cas où un passant fatigué aurait l’idée saugrenue de s’allonger comme un clochard.
L’été 2018 restera celui des effondrements : un pont, le cours de Bayer-Monsanto en Bourse, le 10e anniversaire de la faillite de Lehman Brothers qu’on fête en famille, la popularité des politiques. Mais il n’y a pas de raison de désespérer : Ulysse est rentré à Ithaque.
On s’étonnait que #MeToo ne s’accorde qu’au féminin. L’agressée agresseuse nous rappelle opportunément que le harcèlement est moins une affaire de sexe que de domination sociale, cet insupportable rapport de pouvoir pouvant fonctionner quel que soit le genre. On attend de lire sous peu dans un grand journal du soir une tribune signée par une centaine d’hommes célèbres réclamant la liberté d’être agressés sexuellement par des actrices.
lundi 6 août 2018
Chienne de canicule
Dans les médias français, Benalla a chassé les Bleus, la Canicule a chassé Benalla. Sur le front de l’actualité estivale, les contre-feux s’allument vite. Les marronniers des journalistes arrivent avant l’automne : chauds, chauds, les marrons chauds, cette année.
Canicule : « Empr. au lat. canicula subst. fém., dimin. de canis, proprement “petite chienne” terme d’astron. » (Trésor de la langue française). Il nous semblait bien, aussi, que c’était un diminutif. Les prévisions alarmistes pour les années à venir imposeraient un augmentatif, du genre « grande chienne ».
Alerte canicule : c’est quand mes nuits sont plus chaudes que vos jours.
« La maison brûle et nous regardons ailleurs » (Jacques Chirac, discours de Johannesburg, 2 septembre 2002). Il a fallu une quinzaine d’années pour que le sens métaphorique devienne littéral, et que nous soyons dans la maison qui brûle.
La climatisation sert à supporter les hautes températures. Les hautes températures sont dues à l’effet de serre. L’effet de serre est accru par la climatisation. La climatisation, etc.
La radio nous le répète : « Pensez à prendre régulièrement des nouvelles de vos proches, en particulier des personnes vulnérables. » Je fais le tour de mes petits vieux. Ils sont au frais, merci, ils peuvent se passer de mes services. Mais voici que mon téléphone sonne : l’un de mes enfants vient prendre de mes nouvelles.
« Un pic historique de 52,9° C a été enregistré dans la vallée de la Mort » (Le Monde, 28 juillet 2018). Bientôt, la vallée n’aura plus le privilège de ce nom. Les Anciens auraient considéré ces fortes chaleurs comme un salutaire avertissement à nous préparer au feu de l’Enfer. Mais nous sommes désormais athées comme des climatologues rationalistes. Seul Donald Tweet Trump continue à croire en Dieu, qui fait la pluie et le (trop) beau temps, indépendamment des hommes qui vont au charbon.
mardi 24 juillet 2018
Alexandre et Jupiter
Pogba
Hourrah !
Benalla
Holà !
Il était question de loger Alexandre Benalla au palais de l’Alma, quai Branly, là où Anne et Mazarine Pingeot résidaient sous Mitterrand. Le nouveau président aurait-il un enfant caché avec son garde du corps ?
C’est bien la première fois qu’on ouvre un parapluie pour abriter quelqu’un qui est au-dessus.
La Toute-Puissance ne se méfie jamais assez de la domesticité.
Les mortels que nous sommes réclament l’application de la loi, la justice, la séparation des pouvoirs, la trans-pa-ren-ce, des réponses claires, etc. Mais quels petits présomptueux faisons-nous, si nous pensons que ces misérables considérations terrestres monteront jusqu’à Jupiter ?
mercredi 11 juillet 2018
Été, participe passé
Dès qu’on s’éloigne, il se passe des choses. Et au retour, les valises à défaire, le linge à laver, les messages en souffrance, les poussières à épousseter.
Pourquoi n’y a-t-il qu’une seule église à Colombey-les-Deux-Églises ?
La reine de la musette, la star de l’accordéon, est morte. C’est le chanteur Antoine qui va enfin pouvoir se reposer : depuis 52 ans, « ton accordéon me fatigue Yvette ».
On apprend à peu près simultanément que l’entreprise Monsanto, qui fabrique l’herbicide Rundup, a pris le nom de Bayer et qu’il ne faut plus appeler le Front national Front national mais Rassemblement national. Les deux entreprises ont désormais un nom propre.
Ce joueur de foot traverse une mauvaise passe. Pourtant, il a déclaré : « Il faut prendre un match après l’autre », ce qui lui a valu l’approbation du sélectionneur et une grande popularité dans le public.
Simone et Antoine Veil. Ce n’est pas le premier couple réuni au Panthéon, mais c’est la première fois que le mari suit sa femme.
Il est déjà trop tard pour éviter le mur. Alors, accélérons, avec l’espoir de passer au travers. Nous commençons à comprendre pourquoi les musiciens du Titanic continuaient à jouer quand le bateau coulait.
jeudi 14 juin 2018
Actualités, puisqu’il y a
La figure de rhétorique préférée du populisme, c’est la tautologie : « La France doit rester la France. » C’est rassurant, clos sur soi, et comment contredire ce qu’on dit deux fois à l’identique ?
Parcourant vite une actu qui défile, je lis : « le sinistre de l’Intérieur ». Non, c’est écrit « le ministre de l’Intérieur ». C’est peut-être lui qui a commis le lapsus ?
Se suicider dans un lieu saint, ça interpelle sur le message subliminal : plus près de Toi, mon Dieu ? Voyons voir si Tu es assez Puissant pour accomplir un miracle en me servant de parachute ? Tu n’existes pas puisque je m’écrase.
« Le démembrement de l’Espagne deviendrait un vrai sujet » (Manuel Vals, France Inter, 30 mai 2018). Réfléchir au sens de « sujet », aujourd’hui, employé par les politiques sans autre précision. Comme le Roi parlait de « sujet » sous l’Ancien Régime ?
« Deux hommes parurent.
L’un venait de Cour, l’autre de Jardin. Le plus grand, vêtu d’un costume occidental, marchait décontracté, la perruque blond filasse bien lissée et sa cravate rouge en sautoir. Le plus petit, dont le corps se boudinait dans un costume Mao, dressait sa tête rasée de frais.
Quand ils furent arrivés au milieu de la scène, ils se tendirent la main à la même minute, sur fond de drapeaux alternés. » (Rencontre historique, d’après Bouvard et Pécuchet.)
Le loup caché dans l’image d’Épinal. La tâche de vin sur le front de Gorbatchev dessinait l’Afghanistan. Les cheveux rasés de Kim Jong-un reproduisent les lignes de la Corée du Sud annexée.
Inscription à :
Articles (Atom)


